version pdf Edito
Ah ! L'édito de l'été !
De quoi pourrais-je bien parler ?
De soleil, de mer, de plage, de livres ?
Ou de soleil, de montagne, et de livres ?
Ou encore de soleil, de campagne... et de livres ?
Et si, pour changer, j’allais vous vanter
Ces merveilleuses librairies où m’a menée
Mon flair de lectrice impénitente
Plus infaillible que narine truffière
Lorsque je flânais, nez au vent,
Dans des rues inconnues?
Ah ! Le charme de la Librairie des Thés
Nichée au coeur de la petite ville de Surgères
Hâvre de paix où j’ai pu feuilleter
Des livres entre deux gorgées de thé d'été
Servi par la libraire au sourire éclatant !
Et la librairie maritime de Rochefort
Où l'on peut rêver, toutes voiles dehors,
Chercher des trésors de livres,
Et repartir avec London ou Caillié sous le bras
S'arrêter, pour lire, au bord de la Charente
En écoutant tinter les chaînes des petits bateaux ivres!
A la Rochelle, par hasard,
Franchir le seuil de la Librairie des Quatre Saisons
Et découvrir, heureuse surprise,
Tous les livres qu'à la Dérive on aime aussi
Exposés par un libraire écrivain qui a les mêmes goûts !
En ressortir avec son livre dédicacé,
Lequel vient grossir les souvenirs de vacances
Que sont tous ces livres entassés dans une valise engorgée
Par les fruits de ses dérives estivales !
Alors, vous ai-je tentés ?
Allez-vous, vous aussi, partir à la découverte
De sympathiques librairies d'été?
Bonnes explorations,
Bonnes découvertes,
Bonnes lectures,
Bonnes vacances à tous !
Maguy Barrucand
À demi-mots
Garden of love Marcus Malte, éd. Zulma
18,50 €
C'est l'histoire d'une déflagration, et peut-être d'une renaissance. Alexandre Astrid, flic en sursis, passé à côté de sa vie, dans l'ombre d'une existence hantée par ses fantômes, titube entre passé et présent et se vautre dans son mal-être, usant de son flingue comme d'un doudou dérisoire.
Revenu de tout, il va être contraint d'y retourner, par la volonté de celui-là même qui a dévasté sa vie. Un manuscrit lui est envoyé (par qui?) relatant sa propre vie, enchevêtrée à celle d'un assassin diabolique à double visage qu'il a traqué quinze ans auparavant. La machine infernale est lancée, la plongée dans les ténèbres est implacable, Monsieur Astrid ira au bout de son enquête et de lui-même, attiré autant que révulsé par ce jeune criminel à la personnalité plus que trouble. Car le jardin de l'amour du titre - emprunté à William Blake - est parsemé de tombeaux, de démons et d'impossibles pardons. Avec une écriture superbe et des thèmes puissants (le double, la fratrie, la perte, la folie), l'auteur nous donne le vertige grâce à la remarquable construction de ce récit labyrinthique. Un livre noir, étincelant.
E.P.
Voix endormies
Dulce Chacon, éd. 10 / 18 / Domaine étranger
8,50 €
Bouleversant roman, construit à partir de multiples témoignages de femmes, actrices de la guerre d’Espagne. Emprisonnées ou libres, elles parlent de leur vie, de leurs peurs, de leurs amours, de leurs convictions, de leurs enfants, de leurs révoltes et de leur courage.
Certaines attendent d’être jugées, plusieurs seront fusillées. Leurs voix sont particulièrement fortes parce qu’elles parlent de la vie. La solidarité, la solidité des liens qu’elles tissent entre elles et avec leurs proches résistent au temps et à la peur.
Loin des champs de bataille guerriers et de l’héroïsme convenu, ces témoignages nous font comprendre le prix qu’il faut parfois payer pour défendre ses convictions ou pour s’être tout simplement trouvé du mauvais côté. Toutes ces femmes ne se sont pas engagées volontairement dans la lutte anti-franquiste, mais toutes vont assumer leur situation.
Après avoir lu ce livre, nous ne les oublierons pas, exauçant ainsi leur vœu le plus cher.
B.A.
Bruits du cœur
Jens Christian Grondahl, éd. Folio
6,60 €
C’est à l’occasion de l’annonce de la mort d’Adrian, son meilleur ami d’enfance, que le narrateur nous entraîne dans l’histoire d’amitié particulière de ces deux adolescents devenus adultes. En effet, s’ils se sont perdus de vue, leurs vies sont restées enlacées à jamais par un terrible secret.
L’un, Adrian, est issu d’une famille riche, le narrateur d’une famille pauvre. Tous deux ont souffert du manque de père et de mères défaillantes. Celles-ci sont là pour transmettre le souvenir de l’amour et les pères sont absents. A leur manière, ils ont reconstitué une autre sorte de famille un peu « bancale » où ils cohabitent à trois comme frères et sœur, et parfois comme amants.
L’amour est dans leurs relations à trois où il ne devrait pas être. Confrontés tous deux au désir permanent d’autres femmes, ils restent prisonniers de cette histoire d’amour interdite qui le rend impossible ailleurs.
Si le narrateur reste définitivement attaché à Ariane, l’amour impossible, Adrian avant sa mort, s’est laissé prendre à l’amour impossible de la fille de sa femme, qui porte son enfant. Les bruits du cœur de l’enfant à naître perpétuent le secret d’Adrian.
J.B.
Pas facile de voler des chevaux
Per Petterson, éd. Gallimard
16,50 €
Trond a 15 ans en cet été 1948, été qui va le marquer pour la vie. Les Allemands ont quitté la Norvège depuis trois ans et cet été-là, son père l’emmène passer les vacances dans un chalet d’alpage, dans un petit village non loin de la frontière suédoise. Trond ne se doute pas alors que cette saison d’été, qui va lui apporter beaucoup de joies, sera aussi celle qui va bouleverser sa vie.
A l’automne de celle-ci, réfugié par choix dans une maison isolée et sans grand confort après la mort de sa femme, il y retrouve, en voisin, un témoin de cet été là : Lars, le jeune frère de son ami de l’époque, parti brusquement après un drame familial. Ces retrouvailles vont ouvrir la porte aux souvenirs.
L’évocation très précise de ces moments inoubliables est extraordinaire de densité, d’intensité. Le moindre événement - la coupe du bois, l’entassement des grumes, la randonnée à cheval avec le père, un moment dans une étable chaude, une traversée de rivière en barque, une escapade sur ces chevaux pas faciles à voler, une douche sous l’orage -, le moindre événement donc prend une importance telle que nous le vivons de l’intérieur, avec ce jeune garçon qui s’éveille aux émotions, aux émois et aux regrets.
B.A.
La Science des adieux
Elisabetta Rasy, éd. Le Seuil
20 €
La Science des adieux retrace la vie du poéte Ossip Mandelstam et de sa femme Nadejda. Ils se sont mariés en 1919, deux ans après la révolution. Ossip, poéte génial et insoumis, subira très vite les rigueurs de l’oppression et sera soupçonné d’être l’ennemi du régime. Nadejda , petite bourgeoise gâtée, convaincue du talent de son mari, fera le choix de le suivre, malgré la misère, la faim, les délations… A travers ce récit, Elisabetta Rasy fait revivre la mémoire de ce couple au destin exceptionnel, porté par la passion. En effet, bien après la mort d’Ossip en 1938, dans un goulag sibérien, Nadejda retranscrira ses vers, qu’elle avait pris le soin d’apprendre par cœur, les sauvant ainsi de la destruction et de l’oubli. Très beau livre où triomphent l’amour, la poésie et le courage.
H. B.
Je voudrais tant que tu te souviennes
Dominique Mainard, éd. Joelle Losfeld
17,90 €
Dans un lieu indéfini, en un temps incertain, entre terrain vague et bourgade, les personnages de Dominique Mainard prennent corps et nous émeuvent. Il y a là le couvreur venu d’on ne sait où qui répare la girouette du clocher entre ciel bas et nuages, Mado à genoux photographiant l’infiniment petit, femme vieillissante à la mémoire qui s’enfuit, Albanala, cartomancienne, qui repart un jour dans son pays et laisse son amie aux soins de sa nièce Julide, promise selon la coutume paternelle à un cousin qu’elle n’aime pas. Tous ces êtres cabossés par la vie vont se croiser lorsque va se nouer un amour impossible entre l’étranger du clocher et Mado, les yeux rivés au sol.
A travers son œuvre, Dominique Mainard nous raconte des histoires, car c’est bien d’un conte qu’il s’agit, avec ce qu’il faut de secrets, de mystère, d’émotion et de renoncement.
La plume légère de l’auteur trace au fil des pages le portrait des personnages si subtilement attachants qu’ils nous deviennent intimes dans leur complexité.
C’est une écriture faite de murmures et de poésie, d’une sensibilité rare qui effleure par petites touches sans jamais marteler. C’est du merveilleux depuis le premier de ses livres.
D. B.
L’Explosion de la durite
Jean Rolin, éd. P.O.L.
17 €
Tout commence par l’explosion de la durite d’une AUDI 25, sur une piste du Congo. Jean Rolin nous entraîne dans un voyage exotique, historique et délirant de Paris à Kinshasa. Pour aider un ami réfugié en France dont la famille est restée au Congo, le narrateur va convoyer une voiture d’occasion jusqu’à Kinshasa. Elle deviendra là-bas taxi et les aidera à survivre. Le périple débute au McDo de la Fourche à Paris, il faut d’abord trouver une voiture, s’initier à l’art de la débrouille, et l’accompagner tout au long du voyage pour éviter son pillage. L’embarquement a lieu à Anvers, sur le cargo « San Rocco ». Jean Rolin décrit le quotidien des membres d’équipage ukrainiens, les tensions, la difficulté à vivre ensemble à bord du cargo. Durant son voyage il relit Proust, Conrad, et nous fait partager sa passion pour l’ornithologie. Au fil des pages nous revisitons l’histoire de l’Afrique centrale, du temps où Kinshasa s’appelait Léopoldville, les règnes de Mobutu, Kabila, Bokassa, sur les traces de Patrice Lumumba, et même de Che Guevara. Il évoque sa jeunesse avec nostalgie, le Congo des années 60, époque où son père était diplomate à Léopoldville. C’est une véritable épopée, sous une plume élégante, riche, ironique, avec l’âme d’un grand reporter.
Ch. G.
Evviva L’Italia
Bernard Chambaz, éd. Panama
18 €
Le plaisir de réconcilier l’amour d’un pays, de sa culture, son histoire, sa littérature, son cinéma, sa politique, avec le spectacle du sport et sa pratique : Bernard Chambaz, l’auteur de « Evviva L’italia », l’a fait en nous faisant partager sa balade à travers l’Italie.
Nous sommes en 2006, de Palerme à Milan l’auteur roule sur les traces du tour d’Italie 1949, un « giro » mythique chroniqué par Dino Buzzati pour le « Corriere della serra » et dominé sur la route par le duel Fausto coppi/Gino Bartali.
Comment mieux dire l’admiration pour un pays qu’en le traversant en vélo ? La Sicile, ville de départ du giro 1949, se souvient de ses traces grecques, lorsque la rivalité tant attendue Coppi/Bartali nous évoque le duel Hecto/Achille et la guerre de Troie. La Sicile encore, lieu de départ de l’unité italienne sous la férule de Garibaldi. En remontant les terres étroites de la péninsule, d’étape en étape dans le sillage du vélo rose de l’auteur, tous nos sens sont en éveil. L’évocation seule de la culture des grandes villes italiennes est déjà un bonheur, pourtant nous nous attachons aux gens de l’entre deux. Ceux qui peinent, assomés par le soleil au Sud, ceux plus orgueilleux et fiers dêtre nés au Nord.
Une idée de destination pour les vacances d’été ? L’Italie…
Y. B.
Aucun dieu en vue
Altaf Tirewala, éd. Actes Sud
20 €
Altaf Tirewala, né en 1977, est un jeune auteur indien qui nous livre ici son premier roman. Il nous emmène à la découverte de Bombay, aujourd'hui Munbai, sa ville natale, à travers une galerie de portraits d'individus très typés qui succèdentles uns aux autres, chacun introduisant le prochain, ce qui donne à son récit un rythme enlevé et une forme originale. Munbai, délirante mégalopole dans une Inde en pleine mutation où il faut bien survivre, vaille que vaille, en y étant avorteur, marchand de chausssures, fakir, tueur de poules et j'en passe... On y découvre aussi,entre autres, un paysan musulman persécuté par des hindouistes qui se réfugie dans un bidonville... perché sur le toit d'un immeuble de dix-sept étages : c'est là qu'il trouvera solidarité et réconfort...
L'écriture est forte, presque brutale, à la mesure de cette lutte pour la survie qui anime ses personnages. Nous sommes embarqués à la découverte de cette "ville-monde" incroyable où le passé, le présent et l'avenir se télescopent parfois avec violence, la modernité y côtoyant le traditionalisme, le fanatisme et la ségrégation religieuse. On sort de ce voyage un peu "sonné" comme sans doute à la fin d'une journée à Munbai. Mais Altaf Tirewala nous a fait découvrir la face cachée, le cœur battant d'une ville qu'il aime et cela vaut le voyage.
M.L.
Le canapé rouge
Michèle Lesbre, éd. Sabine Wespieser
17 €
Les paysages défilent dans le transibérien qui emporte notre narratrice vers son amant qu’elle n’a pas revu depuis très longtemps. Des personnages insolites passent dans les couloirs et chacun s’occupe ! Un homme retient son attention, ils ne se parleront pas ! Ses pensées vont à son amie, une vieille dame chez qui elle se rend pour lire des passages de romans, toujours des livres de femmes aux destins singuliers qui aiguisent sa curiosité !
Aux termes des lectures, la vieille dame raconte ses souvenirs, le portrait de son amoureux caché derrière le coussin du canapé et puis elles descendent toutes deux boire un petit verre de vin blanc au bar du coin. Ces rencontres sont importantes pour l’une et pour l’autre !
La nature rude derrière la vitre du train, ses pensées, ses souvenirs …. Faire le bilan ! C’est un long voyage qu’elle a entrepris, il finira pas prendre fin en même temps que sa quête lorsqu’elle arrivera dans le village de son amant. De belles rencontres ! Michèle Lesbre nous livre un roman superbe. Une écriture d’une grande douceur toute en nuance, délicatesse et tendresse, pour dire la vieillesse, pour dire la fragilité de la vie .
M.N. C.
Autres plaisirs
L'Amour est très surestimé
Brigitte Giraud, éd. Stock, 13 €
Onze nouvelles pour raconter la fin des passions amoureuses et des couples. A travers des voix de femme, c’est toute la mélancolie, la détresse mais aussi la violence, la rage et la colère de Brigitte Giraud qui s’expriment, mais aussi au bout du compte le désir du bonheur, de la vie et de l’amour, malgré tout.
Nur
Arnaud Rykner, éd. Du Rouergue, 8 €
Superbe histoire d’amour à travers la guerre, à travers un pays chaud et d’où émanent toutes les odeurs. Le désir dans ce texte est omniprésent et grandit au fil des pages. Une très belle rencontre dans un style tout en tension.
Le Requiem de Terezin
Josef Bor, éd. Du Sonneur, 15 €
Un roman publié par un jeune éditeur qui se propose de faire découvrir des textes inédits ou oubliés. Le récit hallucinant de Bor est inspiré d’un fait véridique : interné dans le camp de Terezin, un chef d’orchestre réussit, avec des centaines de détenus, à y monter et donner le Requiem de Verdi.
Aurore boréale
Drago Jançar, éd. Esprit des Péninsules, 21 €
Le 1er Janvier 1938, Josef Erdman se rend dans une petite ville de Slovénie afin d'y rencontrer un associé. Il s'enlise peu à peu dans une attente devenue sans objet, alors que montent bruits de bottes et chants de la jeunesse qui marche au pas... Une atmosphère kafkaïenne où les personnages errent entre rêve et réalité.
Sans sucres ajoutés
Cookie Allez, Buchet Chastel, 13 €
Histoire d'un anti-héros, honnête homme bougon obnubilé par le nettoyage des chewing-gums qui déshonorent les trottoirs d'une petite ville normande. Dans la fièvre des élections municipales, il sert de bouc émissaire aux excitations absurdes des politiciens. Fine écriture, histoire loufoque…mais pas tant que cela !
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