À l’heure où tous les livres s’amoncellent sur les tables des librairies … j’ai envie de partager mon coup de coeur, bien loin de la rentrée.
C’est l’histoire du livre de Pierre Rabhi au titre évocateur : Semeur d’espoirs.
Il était posé sur ma pile depuis quelques mois, acheté après avoir écouté Jean-Marie Le Clézio et Pierre Rabhi à la Grande Librairie, et l’été fut propice à cette lecture et depuis je n’ai qu’une envie c’est le partager.
Il répond à toutes nos questions actuelles sur notre société en déclin… c’est un véritable message d’espoir.
Comment vivre autrement, être en harmonie avec notre terre, avec soi et ceux qui nous entourent, imaginer un monde plus humain, plus respectueux.
Est-ce possible ?
Est-ce utopique ?
Lorsque l’on ferme ce livre on se dit que : OUI
Pierre Rabhi répond dans cet interview sur des sujets brûlants d’actualité par des phrases simples et pleines de bon sens et cela semble tellement évident !.... sans critiques et sans jugements, des mots juste à leur place.
Un livre plein d’humanisme et d’espoir.
Une petite graine par ci, une petite graine par là, et si chacun faisait sa part comme l’histoire du colibri.
Marie-Noëlle Clément
À demi-mots
Marina Bellezza
Silvia Avallone, éd. Liana Levi — 23 €
Au fond d’une vallée du Piémont italien, deux jeunes tentent de s’extraire du malaise et de la crise qui frappent leur génération. La vie dans ces montagnes perdues est âpre, dure. Tous les deux, bien qu’issus de milieux différents, ont vécu une enfance douloureuse. Marina avec une mère alcoolique et un père flambeur et absent, Andrea des parents notables, bourgeois, un frère qui est l’enfant chéri et préféré de ses parents. Leurs projets d’avenir divergent. Lui, intellectuel, diplômé, travaille dans une bibliothèque et veut relancer la ferme isolée de son grand-père pour fabriquer un fromage d’alpage unique. Elle, un corps superbe et une voix renversante, se rêve en star de télé-réalité. Entre eux c’est une histoire d’amour, tourmentée, chaotique, intense qui remonte à l’enfance.
Silvia Avallone capte brillamment les problèmes de l’Italie contemporaine, la difficulté à construire un avenir loin de la société de consommation superficielle, de l’argent facile et de la télé-réalité. Elle porte un regard vif sur ces vallées où les villages ont été progressivement abandonnés, les filatures fermées, l’industrie laitière délocalisée. Elle nous fait partager son attachement profond pour cette région où elle est née et à vécue.
Ch. G.
Le poids des secrets (1/5)
Aki Shimazaki, éd. Actes Sud — 6,60 € l'un
(Tsubaki, Hanaguni, Tsubane, Wasurenagusa, Hotaru)
Cette pentalogie éditée entre 1999 et 2004 se déroule au moment de la guerre du Japon avec les Etats-Unis et s’étire jusqu’aux années 2000. A travers l’histoire de Mariko, réfugiée au Japon chez un prêtre après le tremblement de terre de 1923 en Corée, on découvre la société japonaise avec son sens de l’honneur et le poids des conventions qui ne permet pas aux choses d’être dîtes.
Au Japon, les relations hors mariage sont tolérées pour les hommes mais le sort des concubines devenues mères est dramatique. C’est pourquoi Mariko qui ne sait pas qui est son père, ne dira pas à son fils Yuko qui est son père.
De même, le père adoptif de Yuko vit dans le mensonge sur ses origines et l’on découvre à travers chacun de ces livres - porté tour à tour par Yukiko
la fille de celui que Mariko aimait, puis Yuko le fils de Mariko, puis Mariko elle-même, puis Kenji le mari de Mariko, puis la femme de l’homme que Mariko aimait - ce que chacun a du vivre avec ce poids du secret sur sa vie.
Un petit bijou de lecture, une écriture sobre et si juste qu’on court après chaque livre acheter le suivant comme un bijou (ils sont très beaux) embarqué dans le tissage d’une vie dont on va connaître par morceaux tous les secrets qui ensemble forment un puzzle voire un tableau qui longtemps vous habite.
J. B.
Lento
Antoni Casas Ros, éd. Christophe Lucquin — 16 €
Alors que le monde court après le temps et crie « dépêche-toi » le stress au ventre, Lento met soixante-douze jours pour naître. Si son cerveau fonctionne rapidement, il glisse dans le réel avec une extrême lenteur, ce qui lui octroie de percevoir et de faire l’expérience d’une multitude de sensations, et de s’en délecter. Mais le monde n’accepte pas cette nature à contre-courant et cherche à le rendre conforme en lui donnant des médicaments pour accélérer ses gestes, puis en le plaçant dans un hôpital psychiatrique. Lento est rangé là où il ne dérange pas la norme sociale établie. Son univers de couleurs, de musique et d’harmonie devient gris. Et c’est toute une résistance qu’il doit amorcer pour survivre. Grâce à son acuité sensorielle notamment, il trouvera des chemins pour se libérer des murs qui l’enferment, allant jusqu’à Barcelone découvrir l’amour dans une chorégraphie merveilleuse. Ce roman nous enveloppe de beauté et nous installe comme devant un coucher de soleil sur une plage de la Méditerranée, pour, tout en douceur, nous « réveiller ».
V. C.
Au milieu de l’hiver
Marie Billet, éd. Elytis — 12 €
Très beau récit, tiré d’une histoire vraie. Sofia vit en Algérie dans un petit village, elle adore l’école et à la fin du primaire, elle veut aller au collège. Sa mère met fin à son rêve en jetant son cartable au feu : sa place est à la maison pour apprendre à servir. Elle sera mariée, aura cinq enfants. Elle remplit son rôle tout en continuant de penser qu’un jour elle sera libre.
Elle finit par rompre avec ce passé, se bat pour obtenir sa liberté en France, pays dont elle sait à peine la langue. Elle se retrouve une fois encore prisonnière d’un homme avec qui elle aura deux enfants. C’est une femme obstinée et courageuse, elle parvient à se sauver. Sur sa route des personnes de coeur vont l’aider à se réadapter, à ramener ses sept enfants. Elle travaille, s’occupe d’eux, et veille à ce qu’aucun ne sombre dans la délinquance si facile dans les cités, pour les emmener vers la liberté si chère à son coeur. C’est un livre vibrant d’émotion qui véhicule tous les problèmes de l’immigration et de la différence. Etre à sa place dignement.
M.-N. C.
Peine perdue
Olivier Adam, éd. Flammarion — 21,50 €
Cette fois-ci l’auteur délaisse la côte atlantique, ses falaises, l’océan parfois déchainé et les vents qui lui sont si chers.
Vingt-trois personnages, des êtres cabossés, se croisent, dans un roman choral situé sur la côte varoise, où un raz-de-marée dévastateur a laissé des traces.
Ces traces, belle métaphore pour cette histoire où fourmillent des gens désespérés, ou espérant encore, parfois une petite lumière , ou le désir de fuite vers un ailleurs familial ou professionnel.
Antoine, footballeur de l’équipe locale, mécanicien au chômage, dans une station balnéaire morte durant l’hiver, donne le ton au livre. Il se retrouvera blessé victime d’une agression.
L’auteur ? Certainement un de ces bras cassés qui se croisent durant le roman, mais le découvrira-t-on ? la police enquête...
La personnalité d’Antoine caractérise ce que l’auteur tisse de livre en livre : deuil, filiation, fratrie, occasions manquées, regrets, chagrin.
Olivier Adam distille avec talent, à travers son phrasé, l’espoir, les illusions, la mélancolie des uns et des autres, en donnant de la chair à ses personnages.
Parmi les 23, Paul et Hélène au crépuscule de leur vie semblent perdre goût à ce qu’ils ont tellement aimé... peine perdue.
Y. B.
Autour du monde
Laurent Mauvignier, éd. Minuit — 19,50 €
Autour du monde et autour d’un même évènement relié par la puissance médiatique contemporaine, Laurent Mauvignier tisse sa toile littéraire sur nos vies banales et anonymes. Ces vies qui se regardent dans le grand écran du monde et qui pourtant ne sont rien d’autre que nos propres instants, loin de tout intérêt pour celle ou celui projeté dans ce même quotidien à plusieurs milliers kilomètres de là.
Et pourtant, aujourd’hui, plus que jamais, des liens superficiels ou forts se trament autour de nos joies et peines, de notre médiocrité ou nos déviances. L’écriture de Laurent Mauvignier depuis longtemps porte au plus près de notre vie la vie de l’autre, et si celle-ci fut à la porte d’à côté (Ceux d’à côté — 2002), dans la chambre de convalescence attenante (Apprendre à finir — 2000), bref si proche que l’on pensait la toucher, ce sont, dans ce roman, les millions d’autres vies qui se bousculent à notre porte. La lecture de cet ouvrage contient une part cinématographique proche de « Sans soleil » de Chris Marker ou de « Life in a day » de Kevin Macdonald.
Y. M.
La Fiancée américaine
Eric Dupont, éd. du Toucan — 25 €
C’est un livre-pavé difficile à emporter dans un bagage léger mais j’ai quitté avec regret les personnages hauts en couleurs créés par Eric Dupont. Magnifique histoire d’une famille hors du commun qui nous mène du Québec des années 50, avec des incursions rétrospectives dans les années 30, jusqu’à la fin du 20e siècle, entre Rivière-du-Loup, Montréal et Toronto mais aussi Berlin et Rome. L’Allemagne nazie et la guerre en Prusse Orientale ne sont pas la moins prenante partie de cette épopée où se rencontrent hommes forts et entrepreneur de pompes funèbres, chanteurs d’opéra et diva, femmes d’affaires et religieuses assez spéciales, prêtre peintre et professeur d’éducation physique, et les Madeleines, une pour chaque génération (dont celle qui donne son titre au livre), marque de la continuité familiale. Impossible et surtout inapproprié de tenter de raconter l’histoire. Le style, la vie qui s’en dégage même dans les situations les plus difficiles, font de ce livre un bonheur de lecture qui donne envie de savoir ce qu’ont pu devenir les protagonistes...mais il faudra tenter de l’imaginer.
B. A.
Les Séparées
Kéthévane Davrichewy, éd. 10 / 18 — 6,60 €
Une amitié fusionnelle entre Cécile et Alice cisaillée par la vie nous est racontée alternativement par l’une et l’autre à l’heure où Cécile est dans le coma et peut enfin parler de l’intérieur. D’un chapitre à l’autre on comprend comment Cécile née de parents séparés avec un demi-frère proche et toxicomane va venir se nicher dans la famille d’Alice avec des parents aimants et deux soeurs Salome et Nine. Dès lors elles ne se quittent plus, aiment ensemble la littérature et choisissent des métiers d’art. Elles épousent toutes les deux leurs maris presque par hasard, élèvent leurs enfants ensemble et ont de la peine à se séparer jusqu’à ce que de lourds secrets fassent exploser leur amitié. Comme si leur amitié était devenue un idéal . Dans une très belle écriture on se laisse embarquer au rythme des deux voix dans la profondeur d’une amitié si forte qu’elle ne laisse pas de place à la souffrance ou la fragilité de l’autre. On sort de ce livre bousculé par la force de cette relation qui ne trouve d’issue que dans la mort.
J. B.
L’Affaire des vivants
Christian Chavassieux, éd. Phébus — 21 €
Des ogres littéraires se sont penchés sur le berceau de Christian Chavassieux. Balzac, Hugo, Flaubert, et d’autres. Car c’est une formidable machine romanesque que l’auteur roannais a concocté, une fresque sociale
et intime, minutieuse et enlevée. Entre l’avénement du Second empire et la fin de la guerre de 14, bienvenue dans l’épopée et l’ascension d’un certain Charlemagne, fils de paysans rustres. Doué pour le commerce, il devient un Rastignac du textile, un nouveau bourgeois que sa famille rattrapera pourtant. Curieusement, c’est Ernest, le fils et héritier, qui intéressa d’abord le romancier. Mais pour écrire son histoire il lui a fallu d’abord inventer le père. Cette deuxième partie est une histoire de rupture dans la transmission : Ernest n’a aucune fibre pour la réussite, le travail, l’argent, sa vie est vide, en dehors de ses amours tourmentées, en un temps où être homosexuel est une incongruité sociale et une honte impensable.
Soucieux de tous ses personnages, l’auteur tricote cette saga avec classe, jusqu’aux éblouissantes dernières pages.
D. M.
Quatre murs
Kéthévane Davrichewy, éd. Sabine Wespieser — 18 €
Autour de la vente de la maison d’enfance, quatre enfants, adultes aujourd’hui, abordent avec leur mère les questions d’héritage. Dès ce court prologue, dans un dialogue à cinq autour de la figure du père décédé, on perçoit la tension entre les frères et soeurs, ceux-là même qui plus jeunes ne pouvaient se quitter.
Deux années plus tard sans plus de rapprochement, ils se retrouvent tous ensemble en Grèce dans la maison de Saul le frère ainé. Dès lors, c’est par une voix après l’autre que l’on discerne et parcourt les ressentis et drames de la fratrie. Saul, « l’intellectuel » comme le raille son frère, puis c’est le tour d’Hélène, la solitaire et enfin les jumeaux, Elias et Réna, la soeur, appuyée sur sa béquille. Chacun nous livre sa version des « faits », ceux qui ont construit la cellule familiale fissurée et menaçant d’imploser.
Ce troisième roman de Kéthévane Davrichewy, poursuit le questionnement des liens qu’ils soient familiaux ou amicaux dans une écriture à la fois feutrée et violente, à l’image de nos propres histoires.
Y. M.
Autres plaisirs
Chrysis
Jim Fergus, éd. Cherche Midi — 18,50 €
Hommage de Jim Fergus à sa femme défunte fascinée par ce tableau de Chrysis, nom d’artiste de Gabrielle Jugbluth. De cette peintre des années Montparnasse il raconte l’histoire d’amour fou avec Bogey Lambert, cow-boy « coursier de la guerre des tranchées » devenu une légende de la guerre de 14-18.
Bérénice 34-44
Isabelle Stibbe, éd. Serge Safran — 18 €
Ce premier roman raconte à travers l’histoire de Bérénice, pensionnaire de l’Académie Française au moment de l’occupation, ce que fut pour cette institution créée par Molière l’arrivée du nazisme et la chasse aux juifs.
Le personnage de Bérénice renvoie à la capacité de chacun de choisir dans ces moment difficiles et révèle jusqu’où peuvent aller les convictions d’un artiste en temps de guerre.
L’Amour et les forêts
Eric Reinhardt, éd. Gallimard — 21 €
Bénédicte Ombredanne n’a plus d’espace pour vivre. Aux prises avec un mari qui la harcèle, son énergie vitale se déverse dans le soin des autres : ses enfants, son mari, l’image du ménage parfait. Grâce à un impulsif instinct de révolte, elle s’offre une après-midi de bonheur absolu, et renoue avec toute la vitalité de son adolescence. Fuira-t-elle ?
Qu’allons-nous faire de vous ?
Marie de Hennezel-Edouard de Hennezel, éd. Poche — 6,60 €
Ce livre touche une grande partie de notre société, « les prochains vieux » : où vont-ils
aller ? Quelle sera leur vie ? Comment vont-ils vieillir ? Qui s’occupera d’eux ?
Les maisons de retraite ? La plupart espèrent autre chose. Alors? Tout au long de ce livre
sont tour à tour questionnés les jeunes et les moins jeunes. Et c’est plein d’espoir.
Le triangle d’hiver
Julia Deck, éd. Minuit — 14 €
L’atmosphère de ce livre rappelle les films d’Hitchcock qui mêlent habilement intrigue
et psychanalyse. Le personnage central se glisse dans la peau d’une écrivaine.
Elle va devoir composer ce dédoublement de personnalité et donner le change face à
son amant, progressivement saisi de « l’ombre d’un doute ».
Jacob, Jacob
Valérie Zénatti, éd. de L’olivier — 16 €
Algérie, années 40. Sensible, brillant au lycée, Jacob est le dernier né d’une famille dirigée
brutalement par le père et le frère aîné. Les femmes ont peu de place ici, mais la mère - telle une mère courage - ignorant que lors de son service militaire Jacob a participé au
débarquement en Provence de 44, sillonne l’Algérie dans le seul espoir de le tenir dans
ses bras un instant.
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