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 RetD 48Allez-vous retrouver tous les titres de romans qui composent l’édito de ce numéro ? À vous de vous amuser !


Oh…c’est la rentrée, 646 romans, ils ont lancé, pleine volée sur les étalages du libraire. La classe des rêveurs reprend, nos 
ciseaux sont sur la table pour vous en découper quelques titres et déambuler à travers avec pour seul cortège les mécaniques du ciel… entre embellie, peste & choléra… rien ne se passe comme prévu. L’homme qui aimait ma femme recherche de la couleur comme une bête aux lisières de l’inconscience… Métamorphoses de l’anima lors d’une partie de chasse avant la chute, descente escalier F. dans la rue des voleurs où nous attendent les 14 dames de la survivance : la Capitana au bras de ses immortelles et de Viviane Elisabeth Fauville qui se prend pour la marquise de Carabas…toutes parées contre les infidèles, Barbe bleue, les désorientés et le terrorisme noir qui essuie déjà sa première défaite autour d’un repas en hiver. Après une semaine en vacances dans la vallée des masques le Prince d’orchestre nous escorte devant le Grand maître dont on écoute à moitié le sermon sur la chute de Rome, préférant la théorie de l’information ou la géographie de la bêtise, maudite éducation ! Rien ne vaut ce que Jennie savait, les partages sur l’herbe des nuits ou quelques brèves saisons au paradis scandées par le bruit des choses qui tombent sur l’album de la jouissance… et toutes ces lectures du soir qui nous montrent à quoi jouent les hommes désarçonnés et nous font fantasmer que nos vies aient l’air d’un film parfait ou d’une féérie générale. Arrive un vagabond, une orchidée fixe à la veste, et l’enfant grec qui désertent le meilleur des jours et me poussent à rentrer manger  at home car à force de divaguer, je crois, je vais perdre la boule, passer pour un vieux con, ou prendre l’averse à la nuit tombée ! Petite table, sois mise ! Et bonnes lectures !

Vanessa Curton

 

 

À demi-mots

 

L’affinité des traces


Gérald Tenenbaum, éd. Eloïse d’Ormesson — 18 €

 



Edith est en quête de sa vie. Sa famille a disparu dans le maelström de la guerre, juifs déportés et assassinés dans les camps nazis. Elle rêvait de faire des études, mais sa famille adoptive a privilégié ses propres enfants. Elle parvient cependant à obtenir un diplôme de sténodactylo et, pour échapper à un mariage arrangé et assouvir son désir d’ailleurs, elle s’engage dans l’armée.
Nous sommes en 1961, la guerre d’Algérie touche à sa fin. Edith est envoyée dans le Hoggar, à In-Ekker, haut lieu des essais nucléaires français peu 
dérangés par les affrontements en cours. C’est là qu’elle trouvera sa propre trace en croisant celles d’une famille targuie. Elle adoptera la vie des Touaregs et sera entièrement adoptée par eux.
Très belle histoire faite de silence et d’effleurements, de partage et d’amour, l’histoire d’Edith devenue Talyat n’est pas une histoire gaie mais une histoire de choix et de décisions prises dans un monde qui change.
L’écriture est toute en petites touches où le non-dit, l’approche, la discrétion, la pudeur donnent une sensation de douceur et de paix, malgré la violence des évènements vécus.
B. A. 




 

Demi-teinte


Danzy Senna, éd. Metaillé — 10,50 €



 

Née d’une mère blanche et d’un père noir, Birdie - à la peau blanche - vit un rapport fusionnel avec sa soeur Cole - à la peau noire. Inséparables, elles se créent leur monde avec des parents un peu absents, jusqu’au jour où ceux-ci se séparent, emmenant chacun la fille de la couleur de sa peau. Pour Birdie, outre la perte de sa soeur et de son père, commence un road movie avec sa mère persuadée d’être poursuivie par le FBI, avec obligation de changer de nom et de perdre son identité.  Jusqu’à leur installation dans le New Hampshire en pleine campagne.
Cette adolescente blanche de peau se trouve confrontée, par-delà les apparences, au ressenti de son sang noir, jamais à sa place ni du côté des Blancs ni du côté des Noirs. Cette vision du monde en noir et blanc lui est étrangère.
La rencontre de sa mère avec un homme et la solitude qu’elle en ressent vont la pousser à retrouver sa soeur et son père. Elle fugue pour retrouver leur trace, sur la base d’une carte postale envoyée par sa tante et dissimulée par sa mère. Elle y parviendra grâce à une minutieuse enquête à rebondissements. Ce livre est une belle réflexion sur le racisme, et sur l’identité qui ne se résume pas à la couleur de la peau.


J. B.

 




La liste de mes envies


Gregoire Delacourt, éd. JC Lattes — 16 €



 

Jocelyne vit à Arras, où elle mène une existence paisible avec son mari Jocelyn et leurs deux enfants, Nadine et Romain. Sa vie est simple, elle est heureuse, aime son mari, un homme simple qui aspire à la promotion sociale. Elle tient une mercerie, comme une artiste, avec un blog qui rencontre un grand succès. Après avoir gagné au loto une somme considérable, elle garde l’anonymat, cache son chèque et se contente de faire la liste de ses envies.
Convaincue qu’argent ne rime pas avec bonheur, elle s’en donne ainsi la preuve et reste d’abord soucieuse de ne pas perdre la richesse de ses relations. Jusqu’à la trahison. Et ce n’est pas d’avoir perdu de l’argent qui la fait souffrir mais d’avoir perdu ce qui comptait le plus pour elle. Mais elle rebondira..
Un livre empreint d’une philosophie simple à laquelle cette femme se tient, choisir sa vie et non l’acheter depuis qu’elle a vu mourir sa mère adorée sous ses yeux et a mesuré ce qui est irremplaçable  dans la vie.


J. B.

 
 
Cité de la poussière rouge


Qiu Xialong, éd. Liana Levi — 9 €



 

À Shanghai, dans la cité de la Poussière Rouge, ensemble de maisons traditionnelles, les habitants se réunissent chaque soir pour raconter ou commenter leur quotidien. Chaque petite nouvelle est précédée d’un court texte 
resituant celle-ci dans le contexte historico-politique. 
La période s’étend de 1949 à 2005, balayant ainsi cinquante-cinq années d’histoire contemporaine chinoise.
On est là, assis sur un tabouret, témoins silencieux du déroulé de la vie de ces voisins, soumise aux vicissitudes de l’ère maoïste : un jour héros, le lendemain déchu. Se mêlent histoires d’amour, trahisons familiales, revers de fortune.
Ces chroniques émouvantes, souvent tragiques, toujours pleines d’humour racontent la vie « des petites gens », pris dans la tourmente de la grande Histoire.
L’écriture de l’auteur, à la fois très réaliste et extrêmement poétique, donne à ce roman un souffle épique et témoigne d’un regard toujours plein de tendresse pour ses personnages.


D. B.
 
 
Karoo


Steve Tesich, éd. Monsieur Toussaint Louverture— 22 €



 

Steve Tesich a eu la mauvaise idée de quitter ce monde et nous pourrions presque lui en vouloir après la lecture de cet ouvrage. Oui, on en redemande ! Son héros, Saul «Doc» Karoo, quinquagénaire cumulant presque toutes les tares humaines, devient au gré des pages un homme à suivre avec délectation. « Pété de tunes » qu’il gagne en réécrivant, voire massacrant, des scénarios pour Hollywood, Karoo passe son temps à mentir, à fumer, à boire et à nullement assumer son rôle de père. Ce qu’il aime par-dessus tout c’est se donner en spectacle dans les restaurants ou autres lieux publics afin d’être vraiment lui. Cette manie du mensonge, alors qu’il découvre que l’alcool ne peut le plonger en état d’ivresse, le conduit à simuler le comportement d’alcoolique (qu’il est) et ses conséquences.
Au fil du roman, Saul Karoo est fidèle à lui même avec le sentiment que tout cela est une façade dévoilant un autre homme, que l’on pourrait penser sincère. Un de ses travaux de réécriture va le pousser à tenter comme une dernière carte ce qu’il n’a jamais su faire avec son fils.
Steve Tesich, nous offre là, à titre posthume, un grand roman américain, 
où l’écriture donne corps à la banalité. Les louanges des critiques et des libraires ne sont pas usurpées : un vrai bonheur de lecture, et de plus un très beau travail éditorial et graphique de la maison d’édition.


Y. M.

 

 




La Nièce d’Hitler


Ron Hansen, éd. Libretto — 10,60 €



 

Dans ce roman, la fiction est basée sur des faits réels, 
et c’est une période peu connue de la vie d’Hitler qui nous est dévoilée. Tout se déroule entre 1908 et 1931, Hitler va prendre sous sa coupe Geli, sa nièce qui a 19 ans de moins. L’oncle «Alf» n’est pas séduisant, chair blanche, mollets glabres, moustache clairsemée. Géli n’est pas dupe, c’est une jeune fille intelligente, elle est consciente de la misogynie et perversité de son oncle, mais elle est aussi fascinée par l’orateur, l’homme Hitler. Princesse captive, à ce jeu malsain de séduction, elle va mourir dans un bain de sang (meurtre ou suicide ?).
C’est aussi un portrait d’Hitler à ses débuts et de l’ascension du nazisme. 
Une description de l’Allemagne humiliée par la défaite et le traité de Versailles, avec une part importante de la population imprégnée de culture Völkish (antilibérale, antidémocratique, antisémite, réactionnaire).
Les futurs criminels de la Seconde guerre mondiale se mettent en place autour de leur Führer, craint, respecté et admiré (Hermann Göring, Josef Goebbels, Heinrich Himmler, Eva Braun). Ils sont aussi ridicules et puérils que leur chef, comment ont-ils pu prendre le pouvoir et provoquer tant d’horreur ?


Ch. G.




 

 

Requiem des innocents


Louis Calaferte, éd. Folio — 6,50 €



 

D’une tendre brutalité est ce premier roman* de Louis Calaferte (1928-1994) qui raconte la Zone où il a grandi près de Lyon. 
La bande d’adolescents où le plus fort gagne et le plus faible est humilié, les habitations sans sanitaire et la rue où la misère s’incruste dans les corps. La violence resplendit au bras du désoeuvrement et du délabrement moral. Pourtant au milieu de cette crasse, les relations et les amitiés se tissent avec leurs dignités et leurs fragilités, comme tous les personnages qui traversent ce livre. Derrière la laideur des actes, la vilénie des corps à corps qui détruisent comme d’autres savent aimer, des hommes cherchent des brins d’illusions et surtout à exister et à se sauver par les moyens dont ils disposent. Le retour par l’écriture vers cette adolescence fantôme est d’une fracassante beauté ; une écriture que l’on suit comme une vague émouvante, désolante, furieuse et vivante.


V. C.


* ce roman est paru chez Julliard en 1952.




 

 

Vallée des merveilles


Anne Weber, éd. Seuil — 18,80 €



 

Milan et Lynx, c’est ainsi que l’auteur nomme ses deux personnages !
Milan vit seul dans un port du Finistère, plus de travail, plus de famille plus rien, il vit de petits boulots et marche en solitaire sur les sentiers, le long de l’océan . Un jour une femme passe et lui donne un baiser. A partir de là, comme dans un conte, tout change. Il veut la retrouver, elle l’a ensorcelé, 
il ne sait rien d’elle, il la cherche, mais encore une fois elle lui échappe. 
Une lettre dans sa boite avec un nom et une adresse. Paris, la lecture d’un poème de Max Jacob le décidera à quitter son havre de solitude et à partir.
Lynx habite Paris, elle travaille à l’hôpital, elle a quatre doigts à une main, elle est gynécologue.
Milan, pendant que Lynx est à son travail, se promène et redécouvre Paris.Leur vie à tous les deux, leur rencontre, une très belle histoire d’amour, des scènes d’une grande sensualité décrites avec des termes inattendus mais très imagés.
Il y a quelque chose de merveilleux dans lequel on se laisse prendre, beaucoup de poésie de simplicité. Une très belle écriture.


M.-N. C.



 
Cinq ciels


Ron Carlson, éd. Gallmeister — 22,90 €



Trois hommes au cœur de l’Idaho se retrouvent pour un chantier, ils doivent réaliser - on le comprend au fil du livre - une rampe au-dessus d’un canyon : un décor de cinéma !
Ils ont chacun un lourd bagage, Arthur Key, un colosse, traine la mort de son frère dont il se sent responsable ; 
le plus jeune, Ronnie, sort de prison ; et le dernier, Darwin, celui qui les emploie, a perdu sa femme et ne s’en remet pas.
Les voilà réunis sur cet immense lieu dans une nature omniprésente aux odeurs de sauge avec des paysages extraordinaires.
Le chantier commence, les tâches se répartissent et ils apprennent à se connaitre, une belle amitié nait entre eux, dans le respect des blessures de chacun et dans le silence de la nature.
Tout est méticuleusement décrit sur le chantier, chaque manipulation, chaque action, Key est un spécialiste de montage de décor.
Chacun à pas lents se livre, se libère d’un poids,  ils s’accompagnent et se protègent.
Le chantier avance  et fait parler le voisinage.
Une très belle histoire de relation humaine dans un décor époustouflant, 
la description de ces paysages qui changent au fil des heures, le travail rude et laborieux, et ces hommes discrets et sincères.


M.-N. C.


 




La Grande bleue


Nathalie Démoulin, éd. du Rouergue — 18,90 €



 

La Grande bleue commence par la fugue minuscule qu’accomplissent en janvier 1967 deux gamines presque femmes, Marie et sa copine Delphine. En mobylette, elles filent vers Besançon, la grande ville qui les sauve, l’espace d’une escapade, de leur vie de bouseuses du Haut-Doubs. Toutes deux veulent une autre existence que leurs mères, mais Delphine s’apprête à entrer à l’usine, et Marie suit des cours de sténo-dactylographie. Bien vite, elle épouse Michel, un jeune bûcheron, se retrouve enceinte, quitte sa forêt natale et part vivre dans une H.L.M. à Vesoul.
À vingt ans, elle a déjà deux enfants, et pointe chez Peugeot. Tout n’est pas que grisaille dans ce roman. Marie est à la recherche de son chemin, d’une vie qui ressemble à ses rêves. Elle conquiert de petites libertés, se laisse aller dans le désir d’un autre homme, vit des amitiés fortes et côtoie les grandes luttes ouvrières des années 70. Le livre est nimbé aussi de l’émotion du lien entre la jeune femme et son frère Yvan, détruit par la guerre d’Algérie. 
Une traversée magnifique, une écriture qui avance comme la marée.


D.M.
 

 


 

Autres plaisirs

 

Ici ça va
Thomas Vineau, éd. Alma — 14 €
Le narrateur et sa femme Ema, se reconstruisent peu à peu en retapant une vieille maison, près d’une rivière. Un drame 
a eu lieu dans ce lieu lié à l’enfance. 
Mais les forces de la renaissance l’emportent sur le désarroi et le passé, jusqu’à une scène finale d’une rare poésie. Un hymne faussement simple à la lenteur et à la force de l’amour.


Entre les bruits
Belinda Cannone, éd. de L’Olivier — 19,30 €
Le jour où Jeanne, indignée par la cruauté banale de ses camarades, traverse le village tête baissée, elle est stoppée par Jodel, homme mûr, solitaire et casanier. Rencontre magique entre deux hyperacousies. Jodel va apprendre à Jeanne comment apprivoiser tous les bruits qui la submergent ; à son contact, Jodel va s’ouvrir et laisser entrer les truculences de l’inconnu dans sa vie…


Le Tigre
John Vaillant, éd. Noir & Blanc — 22,30 €
Extrême sud-est de la Russie, pays de Derzou Ouzala où vit le tigre de l’Amour. Dans ce climat excessif, chacun survit comme il peut après la fin de l’empire soviétique : braconnage, abattage illégal de la forêt. À travers la traque d’un tigre mangeur d’homme, l’auteur nous parle des gens, de la fascination pour la solitude et la taïga, et fait le portrait d’un monde menacé.


La source
Hubert Mingarelli, éd. Cadex — 12 €
Un tout petit livre d’une grande sensibilité. L’histoire de deux frères qui partent pour une ballade vers une source, faite il y a longtemps avec leur père qui vient de mourir. Le grand entraine le plus jeune avec tendresse et attention. Peu de mots, mais chacun a sa place dans cette nature. Quand ils arrivent au but, l’aîné tire la fusée en mémoire de leur père.

Fukushima
Michael Ferrier, éd.L’Infini, Gallimard — 18,50 €
Le récit mêle les impressions de l’auteur (qui vit depuis 20 ans au Japon), au moment de la catastrophe, à une prise de conscience des effets effroyables d’un accident nucléaire sur la vie humaine. Il décrit tout d’abord le tremblement de terre, n’étant pas directement sur les lieux, puis il part dans les régions contaminées où la population essaye de survivre.


La Capitana
Elsa Osorio, éd. Metailié — 20 €
Mika et son mari sont des militants 
qui donnent toute leur vie au combat 
et à la lutte pour la liberté. Elle rejoint, 
pendant la guerre d’Espagne, la milice 
du Poum et en devient « la Capitana » 
grâce à son intelligence et son courage, 
elle est appréciée et respectée par les soldats.
Une histoire vraie et un roman très émouvant.
 

 

 

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